Figure historique et légendaire à la fois, grand écrivain, auteur d'une œuvre colossale de 4 000 pages, « Histoire de ma vie », reconnue comme un monument littéraire, Giacomo Casanova (1725-1798) semble injustement tombé dans l'oubli ces dernières années. Rares sont les manifestations (un séminaire à la Sorbonne, une exposition à Genève, un colloque à l'université Ca' Foscari de Venise) qui ont commémoré le tricentenaire de sa naissance. La publication de ce beau livre par Jean-Luc Nardone, professeur de littérature italienne à l'université Toulouse 2, est donc plus opportune que jamais. Réalisée sur papier verger avec pages à découper, illustrée de gravures originales de Céline Géraud inspirées du monde du XVIIIe siècle, enrichie d'une introduction de Jean-Christophe Igalens, spécialiste français du corpus Casanova, la « Correspondance féminine » de Giacomo Casanova avait déjà été publiée au début du XXe siècle par la maison d'édition « À l'enseigne du pot-cassé », qui a fermé ses portes en 1950 et a été récemment relancée par Jean-Luc Nardone. Les 59 lettres adressées à Casanova sont écrites par des femmes de milieux sociaux divers : actrices, dames de compagnie, aristocrates comme Henriette de Schuckmann et la comtesse du Rumain, adolescentes comme Manon Balletti (fille d'acteurs italiens) dont la liaison avec Casanova dura trois ans. Toutes témoignent de la capacité de l'éternel séducteur à entretenir intensément une relation platonique avec ses admiratrices, empreinte de respect, de sensibilité et d'affection. Un fait intéressant concernant ce livre est son prix : 30 euros, soit sept fois le prix d’un kilo de pain, selon la règle établie il y a un siècle par l’ancienne maison d’édition du « Pot-cassé ».